Yockey, Francis Parker

Francis Parker Yockey, (18 septembre 1917], Chicago; 16 juin 1960), était un philosophe et un idéologue nationaliste révolutionnaire d’origine américaine. Il doit sa célébrité à son livre néo spenglerien Imperium, publié sous le pseudonyme de Ulick Varange en 1948.

Les années de formation

Yockey est un partisan de l’unification européenne contre les États-Unis, bien qu’il fût lui-même américain. Il était en effet né de Louis et Nellie Yockey et avait deux sœurs et un frère. Avec un QI estimé à 170, il était aussi un pianiste classique doué dès son enfance. Yockey reçut sa licence de lettres à l’Université de Georgetown en 1938, et son diplôme en droit avec mention à l’Université de Droit de Notre-Dame en 1941.

Déjà en 1936, Yockey avait développé des idées qu’il appelait « impérialisme » européen. Son idéologie était résolument celle du nationalisme autoritaire. En 1939, il avait écrit un article pour le journal Social Justice de Charles Coughlin, un journal à grand tirage avec des tendances fascistes. L’article, intitulé « La tragédie de la jeunesse », appelait à un puissant nationalisme chrétien parmi les jeunes afin de résister aux influences de gauche et s’opposer à l’entrée des États-Unis dans toute guerre menée en Europe contre Hitler. Orateur de talent, Yockey parla lors d’un meeting du mouvement fasciste de William Dudley Pelley, la Légion des « Silver Shirts » d’Amérique, en 1939. Son essai de 1940, La vie comme un art, expose une large esquisse des idées qu’il développa plus tard dans son œuvre majeure Imperium – avec des références à Oswald Spengler, Nietzsche, l’élitisme, la hiérarchie et l’idée d’« Empire occidental ». En 1942, ses relations incluaient Hans Haupt, qui devait être exécuté aux États-Unis pendant la guerre, en tant que saboteur, et qui avait assisté à des meetings du Comité « America First » (le lobby anti-guerre) avec la sœur de Yockey, Alice.

En dépit de son opposition à la guerre contre l’Axe, Yockey s’engagea dans l’armée et fut affecté à une unité de renseignement du G-2, sans doute pour faire ce qu’il pouvait en faveur de la cause de l’Europe, de l’intérieur. Bien qu’ayant disparu pendant deux mois (et suspecté par le FBI d’avoir effectué une mission d’espionnage pour l’Allemagne), Yockey fut réformé honorablement en 1943.

Après avoir monté un cabinet de juriste privé, Yockey parvint à décrocher un poste au Tribunal des crimes de guerre, et partit en Allemagne avec l’équipe juridique américaine pour juger les nazis de second ordre à Wiesbaden. « Indubitablement, son intention était de venir en aide à certaines des personnes poursuivies », déclara le principal collègue américain de Yockey dans l’après-guerre, H. Keith Thompson, dans une interview en 1986. Yockey se rebella, jouant des hymnes allemands au piano du club des officiers, et, après une confrontation avec le juge Jackson, fut congédié. A partir de ce moment il fut repéré par le FBI et par les diverses branches des renseignements militaires, qui devaient tous avoir de grandes difficultés pour retrouver la trace de Yockey pendant les quinze années suivantes, le FBI à lui seul entretenant un dossier de plus de mille pages.

En 1947, le service de contre-espionnage de l’US Army fit une descente au domicile de Yockey en Allemagne, mais Yockey était déjà parti. Il se rendit alors en Irlande, dans une auberge isolée à Brittas Bay, où en six mois il termina son livre majeur « Imperium », qui fut publié sous le pseudonyme d’Ulick Varange.

Avec son manuscrit non publié, Yockey alla ensuite à Londres, où il rechercha Sir Oswald Mosley, le leader fasciste d’avant-guerre qui était revenu à la politique en tant que leader de l’Union Movement, appelant à une Europe unie. Yockey obtint un poste rétribué d’organisateur de la Section des Contacts Européens de l’Union Movement, qui lui permit d’établir des contacts avec les nationalistes dans toute l’Europe.

Le FBI rapporta à cette époque : « Yockey poursuivait son but d’établir de nombreux contacts par l’intermédiaire de l’Union Movement et d’attirer un cercle de gens autour de lui. »

Son principal contact dans l’UM à cette époque était Guy Chesham. Son principal contact allemand était Alfred Franke-Kriesche, conseiller allemand de l’UM qui avait entretenu des liens avec le renseignement soviétique et qui devait disparaître lors d’une mission à Berlin-Est.

Le Front européen de libération

Avec un groupe de supporters dans l’UM, Yockey commença à s’opposer à ce qu’il considérait comme l’orientation pro-américaine et anti-russe de Mosley, ce qui semble s’être terminé par des violences physiques entre Yockey et Mosley lors d’un rassemblement à Hyde Park. Cela fournit une base pour ce qu’un rapport du FBI décrivit comme « un nouveau mouvement politique avec une orientation favorable à l’Est – recommandant le neutralisme et l’activité anti-américaine extrémiste ». Cette réévaluation du rôle de la Russie en Europe, dont la politique envers l’Allemagne était plus conciliante, et la réévaluation du rôle des USA comme étant l’influence la plus négative, était aussi la même position soutenue par des vétérans allemands comme Otto Remer et le Parti du Reich Socialiste. Yockey entendait notamment lutter contre l’influence sioniste, qu’il considérait comme intrinséquement étrangère (cultural alien) à l’Europe. En 1952, les purges dont furent victimes en Tchécoslovaquie plusieurs membres juifs du parti communiste lui parurent de bon augure, en ce qu’elles semblaient indiquer une rupture de l’URSS avec le sionisme et rendre possible une alliance avec la Russie.

En 1948 les amis de Yockey, en particulier la baronne Alice von Pflugle, réunirent des fonds suffisants pour publier Imperium. Le European Liberation Front fut fondé au domicile de la baronne en 1949. Au cours de la réunion de fondation Yockey appela à la formation d’un mouvement de résistance clandestin en Allemagne qui soutiendrait toute action militaire soviétique future contre les USA et les autres puissances alliées occupantes en Allemagne de l’Ouest. Une petite lettre d’information, Frontfighter, fut publié pendant un certain nombre d’années, continuant à publier des communiqués de Yockey, pendant que Yockey voyageait à travers l’Europe et entrait et sortait des USA alors que les services de renseignements et le FBI tentaient sans succès de le garder sous surveillance.

En 1950, Yockey retourna en Allemagne et travailla pour la Croix Rouge américaine jusqu’en 1951. Cette année-là il alla en Italie organiser une délégation étrangère pour le congrès fondateur du Mouvement des Femmes Italien, une branche du Mouvement Social Italien, et prononça un discours devant le congrès. La même année, il se rendit au Canada, cherchant à créer un magazine qui s’appellerait Fourth Front. Ils voulaient aussi aider à la renaissance du mouvement nationaliste canadien, le principal contact canadien de Yockey étant Adrien Arcand qui avait dirigé un grand parti avant la guerre et qui avait été interné pendant la 2ème Guerre Mondiale. Mis sous surveillance, leurs conversations furent rapportées au FBI, pendant que le Consulat Général US à Montréal recommandait une enquête sur Yockey pour activités subversives et l’annulation de son passeport.

En 1952, Yockey écrivit une lettre au Secrétaire d’État US Dean Acheson au nom du Comité pour la Justice Internationale, demandant une intervention américaine pour la libération des dénommés « criminels de guerre » et la cessation du harcèlement contre le général Remer. En voici des extraits :

« Le mouvement national-socialiste allemand ne fut qu’une forme, et une forme provisoire, du grand et irrésistible mouvement qui exprime l’Esprit de notre Epoque, la Résurgence de l’Autorité. Ce mouvement est l’affirmation de toutes les tendances culturelles et de tous les instincts humains que le libéralisme, la démocratie et le communisme nient. La Résurgence de l’Autorité a à la fois un aspect intérieur et un aspect extérieur. L’aspect intérieur a été mentionné dans le paragraphe précédent. Son aspect extérieur est la création de l’Imperium-Etat-Nation européen, et donc la réaffirmation du rôle de l’Europe ordonné par l’histoire, celui de la force de colonisation et d’organisation du monde entier. Ce rôle est historiquement nécessaire et aucune autre force dans le monde ne peut se substituer à l’Europe pour ce puissant Destin … Soit l’Europe apporte la paix et l’ordre dans le monde, soit le monde restera dans l’obscurité et le chaos. »

Le général Remer était proclamé comme le représentant de « cette grande mission ».

Le principal moyen d’expression littéraire de Yockey aux USA était celui des bulletins publiés par James Madole du Parti de la Renaissance Nationale, où il écrivait sous le nom de Weiss. Vers cette période le FBI nota un glissement marqué dans l’ancienne attitude anti-soviétique de Weiss, celui-ci se déclarant « en faveur du point de vue soviétique dans une certaine mesure », et on pensait que Weiss pouvait recevoir un appui financier soviétique. Le FBI était aussi conscient que les écrits de Weiss à cette époque étaient en fait rédigés par Yockey.

En 1952 Yockey retourna en Europe. Cette année-là, affirme Thompson, « alors qu’il était en Allemagne de l’Est, Yockey fut fasciné par le procès pour trahison des anciens dirigeants communistes tchèques, qu’il considéra comme un changement important ». Onze de ces dirigeants étaient des juifs, décrits par les autorités comme étant des « sionistes » et des « aventuriers sionistes ». Pour Yockey, les « procès de Prague » étaient significatifs, marquant une révolte symbolique des Soviétiques contre l’influence sioniste. Il devait écrire un long article, « Qu’y a-t-il derrière la pendaison des onze Juifs de Prague ? », exposant sa thèse.

D’après Thompson, Yockey lui dit qu’il servait de courrier pour les renseignements tchèques pendant les années 50. Ce n’est pas surprenant, considérant l’alliance avec la Russie qui était recommandée à la fois par Yockey et par le PRS de Remer, pour enfoncer un coin dans l’hégémonie américaine en Europe. En retour, la Russie était intéressée à embarrasser l’Allemagne de l’Ouest en soutenant les mouvements fascistes, et une relation symbiotique en résulta. Yockey soutenait aussi les divers régimes autoritaires du Tiers Monde émergeant pour défier l’hégémonie mondiale américaine et le sionisme. Il avait une attitude favorable envers Fidel Castro, se rendit à Cuba et eut une certaine association avec un journaliste lié au gouvernement [cubain], du nom de Rodrigues (il parla de la montée des régimes du Tiers Monde dans son dernier texte « Le monde en flammes », peu avant sa mort).

De retour à New York après le procès de Prague, Yockey mit ses amis au courant de la situation derrière le Rideau de Fer, le changement apparent de la politique soviétique influençant d’autres membres de la « droite », principalement Madole et le journal anti-sioniste catholique américain Common Sense ; cependant la plus grande partie de la droite américaine, des conservateurs aux nazis, continua à suivre fidèlement la ligne de Guerre Froide, anti-soviétique, de l’Establishment.

En juillet et août 1953 le FBI rapporta que Yockey avait reparu au Caire, écrivant de la propagande anti-sioniste pour le gouvernement égyptien de Gamal Abdel Nasser, avec lequel le général Remer était maintenant étroitement associé.

La chance de Yockey d’échapper aux autorités tourna finalement en 1960, tout à fait par hasard. Rentrant aux USA en juin, il se rendit au domicile d’un ami juif, Alex Scharf, qui admirait grandement l’intelligence de Yockey, mais dont les liaisons précises restent inconnues, du moins autant qu’on puisse l’affirmer. Yockey avait perdu une valise et avait téléphoné à l’aéroport pour la retrouver. Entre-temps cependant les employés de l’aéroport avaient ouvert la valise et trouvé trois faux passeports, et informé les autorités. Le 8 juin des agents du FBI firent une descente au domicile de Scharf et trouvèrent Yockey. Il résista, claquant une porte sur la main d’un agent, s’échappant pendant un instant mais fut rattrapé dans la rue.

Le Procureur des États-Unis Joseph Karesh, un rabbin, fixa une caution exceptionnellement élevée de 50,000 dollars contre Yockey, apparemment sur des instructions de Washington. Alors que le FBI déclara initialement à la presse que c’était un « cas mystérieux », et que les journaux affichaient des gros titres concernant « l’homme mystérieux » avec trois passeports, il fut bientôt décrit par la presse comme un « important fasciste avec des liaisons internationales ». La Ligue Anti-Diffamation, importante association juive américaine, décrivit Yockey comme « la figure du fascisme mondial la plus importante que nous connaissons actuellement ».

Les autorités décidèrent d’aiguiller Yockey vers un asile d’aliénés, comme ils l’avaient fait avec la plus grande figure culturelle de l’Amérique, Ezra Pound, pour son soutien au fascisme et son opposition à la ploutocratie.

Avec aucune autre perspective que l’humiliation, l’incarcération dans un asile de fous, où il serait enterré et oublié, peut-être lobotomisé, et soucieux avant tout de l’avenir de ceux qui lui étaient restés fidèles, Yockey se suicida en prenant du cyanure le 17 juin 1960.

La presse nota que « le service du procureur US restait avec un dossier top-secret sur Yockey mais pas de Yockey à poursuivre » ; un dossier « chargé de dynamite » comme le déclara un agent [du FBI].

Imperium. La philosophie de l’histoire et de la politique ››
Le prophète de l’Imperium, Francis Parker Yockey ››

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